"Le Tigre et le Chat gris", Dominique Millet-Gérard

05/01/2018

Sous le titre accrocheur Le Tigre et le Chat gris, les Classiques Garnier viennent de réunir en un volume très remarquable 20 études sur L. Bloy et J.K. Huysmans que Dominique Millet-Gérard a rédigées pendant une vingtaine d'années. Le Tigre annonce Léon Bloy, « plus affectif et fougueux », tandis que le Chat gris renvoie à Huysmans, « plus discret, comme les chats qu'il aimait ».

 

Ce recueil comporte deux grandes parties aux correspondances quasi baudelairiennes entre les deux auteurs. On retiendra tout particulièrement dans la Première Partie, Léon Bloy et l'Art : la « Beauté-Vautour » et l'esthétique de la Grâce, et « Littérature guenilleuse » et « Eclairs magnifiques ». Bloy y étrille des auteurs catholiques au langage lisse et aseptisé de bienpensance. La Seconde Partie comporte des textes d'une grande finesse d'analyse : « Huysmans et les Pères de l'Eglise », « Huysmans et l'art chrétien : l'empreinte de Montalembert ». Dans cette section, le lecteur retrouvera avec plaisir la communication de l'auteur prononcée au colloque de Tours en 2006, « L'Ekphrasis moderne dans La Cathédrale de J.K. Huysmans », publiée en première édition dans le volume 26 d'Art Sacré -  Cahiers de Rencontre avec le Patrimoine religieux, et toujours disponible.

 

Revisiter l'ensemble de ces textes au fil d'une lecture continue permet d'y déceler une somme au sens médiéval du terme. Elle fait ressortir les élans contrariés d'une âme, la fougue acerbe du style qui fait l'homme, la charivaresque inversion des valeurs de société chez Léon Bloy et la recherche de la beauté et d'une vérité désespérément insaisissable au-delà des formes à la fois assumées et rejetées de la décadence chez Huysmans.

 

Ce livre, décoiffant nombre d'idées reçues et de paresses intellectuelles convenues, invite le lecteur à travers le miroir parfois déformant et recomposé des œuvres de Bloy et de Huysmans à porter un regard sans concession sur notre propre époque, où l'on reconnaîtrait sans peine les productions minimalistes d'un art « guenilleux »  transpercé

« d'éclairs magnifiques ».

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