Pierre Nivelle, un évêque ami des arts

21/08/2018

 

De Cîteaux à Luçon, Pierre Nivelle,

un évêque ami des arts.

 

Sous ce titre, le Centre Vendéen de recherches historiques (CVRH) vient de publier un remarquable petit ouvrage consacré à un évêque, qui fut un des successeurs de Richelieu sur le siège de Luçon. L’auteur, Jean-François Tessier, qui s’est adjoint Julien Boureau et Marie-Thérèse Réau, aborde en douze courts chapitres, denses et bien illustrés le milieu familial, la carrière ecclésiastique et le goût pour les arts de Pierre Nivelle, dont le cursus honorum est pleinement caractéristique de l’Église de France au milieu du XVIIe siècle : moine cistercien profès de Cîteaux, proviseur du Collège des Bernardins à Paris, abbé général de Cîteaux, et enfin évêque de Luçon sous la pression de Richelieu désireux d’accaparer les fonctions de supérieur général de tous les ordres monastiques français.

 

Issu d’une famille de papetiers troyens solidement implantés dans la ville et le milieu du livre, dont les membres avaient accédé à la noblesse par des fonctions d’échevinage, Pierre Nivelle jouissait auprès de ses contemporains de la réputation d’homme de grande culture et de religieux d’une égale piété. Ce livre, particulièrement évocateur du milieu familial, de la situation de l’Église de France et des dissensions liées à la réforme des ordres monastiques, permet de mieux appréhender la riche personnalité et les choix de l’abbé général de Cîteaux puis de l’évêque de Luçon, comme commanditaire de nombreuses œuvres d’art, et probablement comme peintre lui-même. Un tableau récemment découvert dans une collection privée et reproduit dans l’ouvrage semble accréditer les talents de peintre de l’évêque de Luçon. Il s’agit d’un petit Enfant Jésus et saint Jean Baptiste jouant avec l’agneau que les deux bébés potelés couronnent de fleurs, dans la manière de Simon Vouet. Toujours est-il que Pierre Nivelle sut enrichir sa cathédrale d’œuvres de premier choix comme l’admirable Descente de croix exposée dans le transept nord, dont on sait aujourd’hui qu’elle est due au pinceau de Lubin Baugin. D’autres œuvres comme une Pêche miraculeuse ou une Vision de saint Hubert, provenant de sa collection, ont rejoint la cathédrale de Luçon. La chaire portative que l’on peut admirer dans le même édifice porte les armes de Pierre Nivelle, et ne peut par conséquent être attribuée à la munificence de Richelieu. Sa décoration, répartie sur des panneaux verticaux, présente des chutes de fleurs et de fruits, selon un répertoire que l’on retrouve similaire sur le manteau de cheminée que l’évêque fit réaliser dans son palais épiscopal. Le goût si vivement affiché pour ce décor floral a valu à Pierre Nivelle l’appellation d’ « évêque des fleurs », dont une recherche plus poussée ne manquerait pas de montrer le caractère symbolique, dans le goût de la première moitié du XVIIe siècle.

 

Dans son chapitre conclusif, Jean-François Tessier résume à merveille l’agir et la spiritualité de l’évêque de Luçon : « à bien des égards, Pierre Nivelle nous apparaît davantage comme un des derniers représentants de ces prélats de la Renaissance qui cultivaient le goût des livres et l’intérêt pour les arts, au même titre que les valeurs spirituelles pour lesquelles ils avaient d’abord été ordonnés. » A vrai dire, l’amour des livres ne saurait étonner s’agissant d’un moine cistercien qui fut de surcroît proviseur du collège des Bernardins, et dont la contemplation du Beau s’inscrit dans une spiritualité fortement imprégnée par la pensée de saint Augustin.

 

Pour une information complémentaire sur Luçon et sa cathédrale, on se reportera avec profit à l’étude remarquable de Marie-Thérèse Réau, Luçon, ville épiscopale, Urbanisme, Architecture et Mobilier, 2014, Cahiers du Patrimoine 107.

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