Tours, 2000 ans d'histoire

25/09/2019

Sous ce titre, la ville de Tours offre aux habitants et à tous ceux qu’intéresse l’histoire de la cité un livre-album publié aux éditions de la Simarre, qui récapitule en 9 chapitres chronologiques les débuts et les développements d’une ville sur les rives de la Loire depuis l’antique Caesarodunum jusqu’à l’actuelle Tours Métropole Val de Loire.

 

Faire tenir en 265 pages deux millénaires d’une histoire riche et complexe pouvait apparaître comme une gageure. Jacques Chevtchenko, maire-adjoint au Patrimoine l’a relevée en réunissant autour de lui une équipe composée de Frédéric Dufrèche, Jean-Louis Girault, Jean-Luc Porhel et Régis Rech. Remporté de haute lutte, ce défi qui n’avait rien d’évident, l’a été grâce notamment à un choix rigoureux, pertinent et varié dans l’illustration. On conçoit aisément combien cette sélection aurait pu faire naître de frustrations, tant il a fallu sélectionner au sein d’une iconographie exceptionnelle par sa qualité et par le nombre de documents inédits, au total plus de 50 % des illustrations ! Autant dire qu’il s’agit d’un ouvrage neuf, paradoxe s’il en est pour une histoire bi-millénaire !

 

En tournant ces 265 pages, les Tourangeaux trouveront matière à entrer plus avant dans la connaissance du passé de leur ville. Les visiteurs et les lecteurs d’autres régions se réjouiront de découvrir le destin singulier d’une ville qui fut trois capitale- certes éphémère – de la France, en des moments parfois difficiles voire dramatiques de l’histoire du pays. Car Tours n’est pas seulement, selon une image un peu conventionnelle, au coeur de la France en son jardin, elle est au centre de gravité de son histoire, au point de rencontre des tensions engendrées par les conflits armés de l’époque antique jusqu’aux guerres terribles du XXe siècle, mais plus encore au pivot de la création culturelle avec des périodes de grande clarté comme celle de la Renaissance en particulier, où Tours brilla de feux inégalés dans les domaines des arts et de la littérature.

 

Puisant dans les trésors de cette histoire, dont ils ont la garde vigilante et particulièrement attentive, Jean-Luc Porhel aux Archives municipales et Régis Rech à la Bibliothèque municipale ont montré combien Tours occupe une place éminente au cours de ces siècles qui font de la Gaule la France, dont Du Bellay pouvait dire qu’elle est « Mère des arts, des armes et des lois » : le premier en reproduisant nombre de chartes médiévales, de plans insoupçonnés de la ville du XVIe au XX e siècle ; le second par un choix judicieux de manuscrits tant de l’époque carolingienne comme l’Évangéliaire dit de Charlemagne que de manuscrits aux superbes enluminures des XIe-XIIe siècles, ainsi que de remarquables éditions du XVIe siècle comme ce recueil des œuvres du poète Marot daté de 1539.

 

Sont particulièrement documentées les transformations de Tours au XVIIIe siècle grâce à l’action des intendants, qui s’attachèrent à remodeler la ville pour en faire une des plus belles cités de l’époque au cœur du Royaume. L’analyse de la période révolutionnaire et de l’Empire synthétise avec une grande clarté des évènements aux soubresauts complexes, qui laissèrent un impact durable sur la ville, dans la morphologie de ses quartiers avec notamment la démolition de la collégiale de Saint Martin et la restructuration du quartier de Châteauneuf.

 

L’expansion de la ville hors des limites de son enceinte pendant les décennies qui précèdent la Grande guerre, soit (1845-1914), voient une transformation en profondeur d’une ville entrée dans la modernité économique et sociétale avec la construction de l’Hôtel de ville, de la nouvelle Basilique Saint Martin et de la Gare par l’architecte Victor Laloux. Il faut ajouter également la reconstruction du Grand théâtre par l’architecte Jean Hardion, après l’incendie de 1883. Ce ne sont pas uniquement les monuments de l’édilité publique sous la IIIe République que le livre retrace. Il accorde une place essentielle à la vie quotidienne des Tourangeaux, festive ou douloureuse : crues de la Loire comme celle de 1856 qui entraîna la visite de Napoléon III auprès des sinistrés ; guerre de 1870-1871 entre la France et la Prusse avec le rappel de l’attitude énergique du maire Eugène Goüin (1866-1875) ; montgolfière dans le jardin de la Préfecture en 1870 ; ambiance des rues, des marchés, des quais de Loire non encore pavés, sur ces cartes postales jaunies qui font revivre les visages pour nous éteints des Tourangeaux de cette époque et qui rayonnent cependant d’une incomparable présence. A noter une belle notice qui souligne le rôle économique et symbolique de la Maison Mame, entreprise-phare qui a participé spécifiquement au rayonnement de la ville pendant les XIXe et XXe siècles, et en a constitué un puissant identifiant dans le monde du livre bien au-delà des limites de l’Hexagone.

 

Les trois décennies de 1914 à 1944, particulièrement dramatiques pour la ville et ses habitants avec des destructions et des pertes irréparables, font l’objet d’une étude fine, bien documentée, qui culmine avec la libération de la Ville, le 1er septembre 1944, et les images émouvantes qui en conservent le souvenir pour les jeunes générations, les acteurs de cette histoire ayant presque tous disparus. La reconstruction qui suivit s’efforça de panser les plaies d’un tissu urbain meurtri à jamais. Ces différentes étapes sont retracées grâce une couverture photographique, qui en marque la progression et les difficultés, dont « La Nouvelle République » a fourni les clichés.

 

Le dernier chapitre, intitulé « De la Reconstruction à une métropole d’avenir (1945-2020) », retrace l’action des quatre derniers maires, qui totalisent 60 années de la vie de la cité et de l’action municipale : Jean Royer (1959-1995), Jean Germain (1995-2014), Serge Babary (2014-2017) et Christophe Bouchet (2017- ), le maire actuel, à l’origine de ce livre.

 

L’ampleur de la documentation réunie, l’ambition du projet visant à s’adresser à tous dans une approche simple et accessible, la beauté des clichés et la qualité de l’impression rendent cet ouvrage attachant et d’une lecture aisée. La démarche voulue expressément par la Ville n’était pas de produire une « somme universitaire » mais un « travail scientifique de référence » selon l’Avant-Propos du maire Christophe Bouchet, qui en synthétise ainsi la philosophie. L’ouvrage offert aux lecteurs s’accorde pleinement avec cette intention.

 

 

Partagez sur Facebook
Partagez sur Twitter
Partagez sur LinkedIn
Please reload

Please reload

Archives
Posts Récents
Please reload